La perspective, un outil au service de notre imagination :

Vous savez, la perspective, ce truc un peu barbare qu’un professeur plein de foi – ou de désespoir – a tenté de nous apprendre un jour au collège? « Ligne d’horizon » « point de fuite ». Et bien si cela vous a paru rébarbatif, et que vous voulez apprendre à faire du dessin, malheureusement, il va falloir s’y remettre… Au moins un peu! Un peu curieux lorsqu’on part du principe qu’en art, tout est permis. Pourtant, pour avoir la liberté de représenter n’importe quelle chimère émergeant de notre esprit fertile, il nous faut remplir notre « boite à outils » de compétences. Quelle frustration d’imaginer un super vaisseau spatial, un décor de fou, un bâtiment magnifique mais d’être incapable de le représenter! A force d’être frustré de ne plus pouvoir représenter ce que l’on veut, on finit inconsciemment par se brider, à arrêter d’imaginer des choses qu’on ne pourra jamais dessiner mais aussi à perdre confiance en nous, insidieusement. Et le jour où, miracle, nous viendra une idée audacieuse nécessitant une certaine maîtrise technique, nous n’oserons pas la représenter! Qui ne s’est jamais retrouvé confronté à ses limites techniques?

La maîtrise de la perspective n’est pas une fin en soi, mais un outil nous permettant d’exprimer librement ce que nous avons en tête. Et puis, le niveau global de dessin s’envole!  Avant d’apprendre à la simplifier, à la contourner voire à modifier le système, je pense qu’il est très important d’en maîtriser les principes. De même que pour l’anatomie, le portrait, la couleur… Bref, les grandes fondations! Picasso, qui a lancé le Cubisme à lui tout seul, était un excellent dessinateur. Ses études et ses travaux de Beaux-Arts – comprendre « classiques »- étaient d’une qualité exceptionnelle. Ce n’est qu’ensuite qu’il s’est autorisé à déconstruire ce qu’il savait pour représenter ce qu’il avait théorisé, lui, personnellement. S’il n’y avait qu’une seule chose à retenir d’après moi : L’imagination se base sur la connaissance et la compréhension.

Tout est volume. Corps humain, voiture,  bâtiment, même les objets informes! Il n’existe rien qui ne puisse être simplifié en petites volumes. Par exemple, lorsque la 3D a émergé sur nos consoles et ordinateurs, les personnages étaient modélisés à partir de polygones, qu’on voyait très clairement à l’écran. Considérer les objets comme des volumes et non plus comme des lignes et des formes à apprendre par cœur, s’habituer à les représenter en tant qu’objets ancrés dans un espace permet de mieux les comprendre, de mieux se les représenter dans l’esprit et donc d’être plus réalistes dans leur représentation. Et puis ça mâche le travail pour l’ajout des lumières. Un petit exemple :

carlotta june 2007
Lignes noires réalisées par moi, mais la superbe photo a été prise par Mjranum

Convaincu? Voici quelques images réalisées grâce à la perspective, pour se motiver :

(Je vous laisse cliquer sur les liens, vu que ce ne sont pas mes illustrations, je préfère que vous alliez les voir sur les sites originaux 🙂 ) :

 

La perspective, qu’est-ce que c’est?

Reprenons du début. Nous sommes face à un cube posé devant nous sur une table. Nous tenons notre feuille de papier et nous nous apprêtons à le dessiner sur cette feuille. Concrètement, nous cherchons à représenter sur notre feuille un objet en trois dimensions… Seulement, lorsque nous dessinons, nous tentons de représenter ces trois dimensions sur un plan en deux dimensions – la feuille. Elle a la hauteur – comme le cube – elle a la largeur – comme le cube, mais pas la profondeur! C’est tout le paradoxe!

Heureusement pour nous, et pour citer ma copine Larousse, la perspective c’est :

« Ensemble des règles qui permettent de représenter le volume sur un plan. » Larousse

Il existe donc des solutions pour représenter le plus fidèlement possible la réalité. Ces solutions se basent sur des modèles géométriques permettant de rapporter des points dans l’espace en trois dimensions sur une surface en deux dimensions. Des peintres, des dessinateurs, des mathématiciens se sont penchés sur le problème et les ont établis, ces règles! Il faut bien avouer que ça nous simplifie pas mal la vie  d’avoir déjà des ensembles de règles qui fonctionnent.

Avant d’aborder les différentes façon de représenter un volume dans l’espace, j’aimerais que vous vous figureriez ce qu’on fait, lorsqu’on dessine les trois dimensions.

Imaginons notre feuille comme une vitre – une surface plane transparente – interposée entre nous et l’objet du désir du dessin – le cube. Imaginons que nous voulions dessiner le cube tel que nous le voyons exactement à travers la vitre. On prend un feutre et on dessine les faces que l’on voie, les arrêtes et tout. Et bah, c’est ça, la perspective. On reporte les points réels sur notre feuille :

explication persp 01Ces points répartis en trois dimensions convergent vers nos yeux (les faisceaux en bleu sur le dessin), et nous les reportons lorsqu’ils arrivent à l’intersection avec la surface plane de notre feuille-vitre (en orange sur le dessin). Sur la feuille-vitre ça rend ça :

explication persp 02

Mais si on enlève les faisceaux bleus et les lignes du plan de la feuille vitre et qu’on ne garde que les points, on obtient ça :

explication persp 03

Sept points sur une feuille blanche. C’est le cerveau qui va reconstituer le volume ensuite. La perspective, c’est donc créer l’illusion d’un espace en trois dimensions en projetant des points sur une surface en deux dimensions.

Quelques exemples de modèle de perspective:

Lorsqu’on regarde attentivement un objet, un bâtiment, il apparait assez clairement que des lignes qu’on sait parallèles en théorie ne le soient pas depuis notre point de vue.  Elles semblent toutes converger vers un ailleurs inaccessible. Cet ailleurs, c’est la ligne d’horizon qui, même si elle est cachée en cet instant, existe. C’est cette ligne que nous voyons au bord de la mer, là où cette dernière semble fusionner avec le ciel. Elle correspond en fait à la hauteur de nos yeux. Les lignes parallèles-qui n’en -sont-pas convergent toutes vers un seul point qu’on appelle point de fuite, et qui est situé sur la ligne d’horizon.

Nées de l’observation et des calculs de mathématiciens, voici quelques systèmes cherchant à représenter le plus fidèlement possible la réalité. Ces systèmes se basant sur des points de fuite sont appelés « coniques » car toutes les droites convergent vers un même point; et qu’on obtient un cône.

Alberti, un artiste mathématicien :

dessin leon battista alberti renaissance theorie
Leon Battista Alberti, théoricien de la perspective de le Renaissance. Peintre, Architecte, mathématicien… et théoricien de l’art. Juste ça, quoi.

Le principe ici, est de modéliser un espace en trois dimensions à partir d’un point de fuite principal et central placé sur une ligne d’horizon correspondant à la hauteur d’yeux du spectateur, puis de calculer les autres angles à partir de plusieurs faisceaux coniques de droites  disposées hors du champs de vision de l’image. C’est complexe, ça demande pas mal de matériel et une grande surface de papier par rapport à l’image finale, mais ça donne quelque chose de réaliste.

 

Quand on parle de la classique perspective à deux points de fuite – celle qu’on apprend à l’école – on obtient ça :

croquis perspective serely point de fuite
Oui bon je sais c’est un peu plus modeste. Mais bon, c’est moi qui l’ait fait. Et vu que je ne suis pas mathématicienne… Je peux pas faire autant de petites lignes partout!

C’est la version simplifiée du copain Alberti. Déjà, on n’a pas le point de fuite principal central, et on a un peu moins de calculs à faire (mais si vous y tenez, vous pouvez utiliser un compas, un rapporteur, une équerre… Cette façon de modéliser n’est pas sectaire, elle est ouverte à plein de propositions).

On parle dans ces deux cas de perspective conique, parce que toutes les lignes parallèles convergent vers le même point et forment un cône :

persp 07-1

 

Il en existe d’autres. Axonométrique, cavalière…. De quoi enrichir sa trousse à outils. Mais je pense, pour le moment, que les perspectives coniques sont les plus adaptées à la représentation réaliste d’objets.

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