Voici le premier article d’une série d’articles courts destinés à la découverte et l’initiation de mouvements ou artistes qui ont marqué – ou non – l’Histoire de l’Art, mais sous un angle plus concret, tourné vers les artistes.

Les « focus sur » sont destinés aux artistes peintres cherchant à définir une démarche artistique, à se familiariser avec les termes qui leur permettront de parler de leurs œuvres, de prendre connaissance des grands concepts ayant guidé les artistes avant eux pour enrichir leur démarche.

Donc : le premier Focus sur le Réalisme.


Le Réalisme :


Date : XIXème siècle, à partir de 1848 en particulier.

Lieu : France, quasiment exclusivement, bien que le mouvement trouve écho ensuite un peu partout en Europe.

Grands noms : Gustave Courbet! C’est lui qui donne le nom au mouvement en 1850. Il peint des grands formats essentiellement. Il cherche la vérité, est anticlérical, et fort engagé politiquement. Corot, connu pour ses paysages.

Oeuvre Emblématique : L’après-diner à Ornans. Cette grande peinture reprend les codes et conventions des grandes peintures historiques (Delacroix) ou classiques (Ingres). Les personnages sont quasiment grandeur nature, mais le sujet est trivial. C’était l’époque des grands salons, et l’œuvre a été assez fortement critiquée, parce qu’à l’époque, l’Art devait représenter du « sérieux », du beau, du noble et était réservé à une élite. C’est l’époque où la figure de l’artiste se marginalise, après le mode vie Bohème, où il se détache du mécénat de la noblesse mais refuse la bourgeoisie. C’est l’Etat qui l’achète.

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L’après-diner à Ornans, Gustave Courbet, 1848, exposé au Musée des Beaux-Arts de Lille

Grands principes : A une époque où l’art est réservé à une élite intellectuelle, où les sujets principaux sont des scènes nobles : mythologiques (alibi pour représenter des corps nus, ou des paysages) historiques (c’est sérieux t’as vu, des grandes batailles, des serments, des couronnements…) des portraits (commandités par la noblesse), ou l’exotisme (grande mode de l’Asie à l’époque), et la photographie qui chamboule un peu tout ça, les artistes se demandent un peu « à quoi bon peintre ». C’est là qu’intervient Courbet. Non, l’art n’est pas que destiné à représenter des trucs épiques dans la droite lignée du courant de pensée dominant, mais en plus il peut se rapprocher au plus près de la réalité de la vie quotidienne en s’attachent à illustrer des détails triviaux. Exit l’exotisme et les scènes mythologiques, on va décrire la vie telle qu’elle est et se rapprocher de la vérité.

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Un enterrement à Ornans, 1850, Gustave Courbet. Actuellement exposé au Musée d’Orsay, ce tableau a été peint pour le Salon de la Peinture de 1850. Il a suscité de vives critiques la scène est « laide » « ignoble » « triviale ».

 

L’enterrement à Ornans (1850) raconte bien ce qu’il veut faire : une grande scène, comme une scène historique, qui narre la banalité d’un enterrement à la campagne. Le prêtre, la famille et… le chien! Le chien qui fait scandale. Pourquoi? Il s’agit là d’un détail « obscène », en ce sens où il met au premier plan (littéralement) ce qui devrait rester caché : la vérité de la mort. Un chien, ça tue, ça déterre les os… Une simple présence qui présente la réalité des faits. Les personnes présentent manifestent toute une gamme d’émotion, dont l’ennui pour l’adorable enfant de chœur au premier plan (à un enterrement!) ou l’agacement (l’homme agenouillé près du trou de la tombe). Le tout est sale, un peu terne, confus, les gens présents y sont peints dans la vérité de ce qu’ils sont (les vieux sont laids) sans embellissements, ce qui tranche avec Ingres qui représentait des beauté idéalisées et non réalistes.

Ce que j’en retire : Que l’art peut raconter des choses de tous les jours, afficher la laideur ou la beauté de la vie quotidienne, qu’il n’a pas vocation à nécessairement raconter des scènes nobles ou belles. Qu’on idéalise énormément l’acte de peindre. Que peindre peut s’inscrire dans une quête de la vérité. Qu’il n’y a pas besoin d’idéaliser ou de transcender le sujet pour raconter quelque chose.

Les textes sont la propriété exclusive de Serely Art

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